Mon expédition à Basel


Cette histoire est véridique, bien que j'ai pu exagérer légèrement, mais c'est ainsi que je l'ai ressentie. Je ne garantie pas les horaires, puisque je l'écris près de 10 ans après.


Me languissant d'écouter sans arrêt les 6 disques vinyles francophones de Frédérik Mey, je suis tombé un jour en magasin sur un CD de Reinhard Mey. A défaut, je l'ai acquis, puis bien d'autres ont suivis, au point d'avoir acheté la totalité des CD existants alors.

Internet est un outils formidable, il m'apprend que Reinhard Mey part en tournée et que celle-ci fait escale à Bâle. Il ne m'a, par contre, pas été facile d'obtenir un billet depuis la Suisse romande, pas de vente par Internet, mais j'ai fini par dégotter un point de vente à Lausanne qui a pu m'en procuré un. Mon Précieux.

Le concert étant à 20h, je suis donc arrivé à Bâle vers 14h. Me laissant, je l'espère, le temps de trouver l'endroit. De fait, 30 minutes plus tard, j'étais devant le théâtre, mais point d'affiche, pas de lettre géantes au dessus de l'entrée annonçant Reinhard Mey, même pas la moindre minuscule information à ce sujet.

Bon sang, est-ce vraiment le bon emplacement ? C'est bien le nom de la salle qui figure sur le ticket pourtant. J'ai fait un moment les "1000 pas" dans les alentours. Puis je suis parti à la recherche d'un sandwich. C'est la fête de la musique à Bâle, c'est sympathique, je pense forcément à "Les musiciens sont dans la ville" ; à défaut de linge, je surveille mon porte-monnaie.

De retour devant le théâtre, j'aperçois un gros camions avec des plaques allemandes. Je remarque également, un peu plus loin, une petite voiture sport, elle n'était pas là tout à l'heure, il me semble que ce peut être une plaque de Berlin, serait-ce .....lui ?
Des gens déchargent du matériel HiFi du camion, de gros haut-parleurs, ça c'est bon signe. Passant sur le trottoir opposé, je guigne par l'ouverture, et je l'aperçois, oui, il n'y a pas de doute, c'est bien Monsieur Mey au fond du couloir. Ah, si je n'étais pas si timide, aurais-je osé... je ne sais quoi.

Encore quelques heures avant le concert, je vais m'offrir un Coca pour fêter l'évènement, et cette montre qui ne veut pas avancer plus vite...

19h, la porte est toujours close, d'ailleurs il n'y a pas un chat dans les parages, à part moi.

19h30, il y a quelques personnes devant l'entrée, si je savais parler l'allemand je leur demanderais si c'est bien là le concert de R. Mey.

19h45, les portes se sont ouvertes, la foule est devenue considérable. Il y a un vestiaire, ce serait bien pour mon manteau doublé en mouton, mais il faudrait s'adresser à la préposée, "Bitte ?", "Danke ?", je préfère garder mon manteau sur les genoux.

Les places sont numérotées, les nombres sont inscrits en chiffres romains, ouf pas de problème pour trouver mon siège. 20h30, je suis en place, j'ai chaud, il y a encore des mouvements de foule, j'ai soif.

20h10, dans une marée d'applaudissements, il fait son entrée sur la seine, je ne rêve pas, et de suite il entame "Musikanten sind in der Stadt" c'est de circonstance, je connais la chanson par cœur en français, je me la chante dans la tête, je suis content.

Il parle beaucoup entre les morceaux, mais vraiment je n'y comprend rien, en tout cas ça doit être amusant le public éclate de rire que je ne puis malheureusement pas partager.

Puis voilà une chanson qui m'est totalement inconnue et presque totalement incompréhensible (Küche ? c'est la cuisine, ça je m'en souviens, Ich liebe meine Küche, d'accord facile). Je me joint aux applaudissements de bon cœur.

Je connais la suivante ! L'assassin est toujours le jardinier, c'est vrai qu'elle est sympa. Ne disait-il pas que c'était une chanson faite pour un film ? Quel pourrait-il être ?

Les morceaux se succèdent, cette fois la plupart me sont inconnus, j'admire sa présence sur scène, comment fait-il pour tenir ce rythme ? Et j'ai vu que sa tournée dure 60 jours, sans la moindre pause !

Les lumières se rallument, je n'ai pas compris ce que le chanteur a dit, mais le public n'a pas l'air de quitter le bâtiment, ce doit être l'entracte. Un attroupement s'est fait dans le hall, il y a là un grand type costaud qui vend des disques et des bouquins. Les prix sont étiquetés, j'ai encore un peu de liquide dans mon porte-monnaie, aussi j'achète le CD "Immer Weiter", je ne l'avais pas trouvé en magasin à Lausanne, et je prend aussi une brochure qui, manifestement, donne un historique sur Reinhard. Thanks. Flûte, j'aurais dû dire "Danke".

La foule migre à nouveau dans la salle, je réintègre ma place.

C'est reparti pour plus d'une heure de musique et commentaires qui me restent obscures, mais il y a de l'ambiance.

S'il y avait eu un rideau, il serait tombé, la salle se vide après 2 rappels comme il se doit.

J'aperçois le grand type, est-ce lui Peter ? qui range maintenant son échoppe, oserais-je lui adresser la parole ? Courage ! Un petit mot en français n'a pas l'air de l'inspirer. Je ne suis vraiment pas doué pour les langues, mais je tente avec mon pauvre anglais Do you think there's any hop that Reinhard will sing in französisch again ? (zut, en anglais on dit "french")

Finalement, il est plutôt sympa ce gars là, il a l'air d'avoir compris, moi je ne comprend pas trop sa réponse, sauf que je devrais m'adresser par là bas derrière... C'est alors que je remarque qu'il y a là une file de personnes qui n'ont pas suivit le gros du troupeau vers l'extérieur. Serait-il donc possible de voir l'artiste himself ? Ces gens sont-ils là pour une dédicace ?

Je me cale donc à la fin de la file. Cela avance, petit à petit. J'arrive à une porte, je vois une salle, il y a là une table et assis là derrière... Il signe des autographes, adresse même un mot à la personne devant lui... Je récupère la brochure que j'ai acheté tout à l'heure... ça il pourrait me le signer...

Mon tour est arrivé, je suis tétanisé, pourtant j'arrive jusqu'à la table et j'ose m'adresser à lui en français, au moins je suis certain que lui il comprend cette langue. A-t-on un espoir de l'entendre encore chanter un jour en français ?

Sans rien promettre, il me laisse entendre qu'il aimerait bien en avoir l'occasion. Peut-être une fois que ses enfants seront devenus adultes.

Je n'ose pas essayer de prolonger l'entretien, Dieu sait pourtant que j'en aurai envie. Je le remercie bien et me retrouve, comme un zombie, sur le trottoir en route pour la gare, la tête pleine de pensées, de musiques et d'un germe d'espoir.

Je n'ai pas la moindre idée de l'heure, je pense qu'il n'y a plus de train pour rentrer à Morges, mais je n'ai pas sommeil, j'attendrai le premier train du matin sur le quai de la gare.

C'est alors que je me décidais à créer mon site web personnel et d'y consacrer une page ou deux à Reinhard Frédérik Mey.

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